Article du Telegramme - 11 mars 2009Les bretonnants sont aujourd'hui 206.000. Si rien n'est fait, ils seront 70.000 dans 35ans. Pour tenter d'inverser la tendance, la Région va mettre en place des bourses pour stimuler les vocations de professeur.
Le sondage 2007 (1) confirme les prévisions formulées au vu des résultats de l'enquête 1997: les bretonnants sont âgés et on compte dix décès dans leurs rangs pour l'arrivée d'un jeune locuteur. Les projections de la pyramide des âges permettent, d'ores et déjà, de mesurer l'évolution à venir. «Aujourd'hui, 13% des habitants de Basse-Bretagne parlent breton», commente FanchBroudic(2), auteur du livre «Parler breton au XXIesiècle» (3). «Il y en aura 9% dans huit ans, et le chiffre baissera régulièrement pour se stabiliser autour de 4% en 2043. À partir de ce moment-là, le nombre de jeunes locuteurs formés dans les écoles équilibrera les disparitions chez leurs aînés».
Développer les classes bilinguesCette érosion est-elle inéluctable? «Non, répond Fanch Broudic. Il y a une variable sur laquelle on peut intervenir, c'est l'enseignement de la langue dans le cadre scolaire. Le seul moyen d'agir, c'est de développer les classes bilingues». Aujourd'hui, 12.350 enfants sont scolarisés dans l'une des trois filières d'enseignement en breton (associative, Diwan; publique, Divyezh; et privée, Dihun). «Les effectifs progressent de l'ordre de 6% chaque année», remarque le président de la région Jean-YvesLe Drian. «C'est un rythme insuffisant».
40 bourses de 5.000 € par anPour échapper au schéma peau de chagrin décrit par Fanch Broudic, «il faudrait une augmentation annuelle d'au moins 10%». La demande existe, mais les professeurs font défaut. Pour y remédier, Jean-YvesLeDrian a annoncé, hier, qu'il comptait mettre en place un système de bourses régionales destiné à inciter les jeunes bretonnants à s'orienter vers l'enseignement. Ce dispositif s'adressera à des licenciés préparant le concours de professeur des écoles ou du second degré, qui toucheront 5.000 € par an pendant leur master (deux ans, ou troisans en cas de redoublement). En contrepartie, les bénéficiaires devront s'engager à enseigner durant cinq ans dans une filière bilingue. «L'objectif est d'attribuer 40 bourses dès septembre prochain, et de faire progresser le nombre chaque année pour arriver à 100», précise le président. Le président Le Drian croit en la capacité des jeunes à sauver la langue. À en croire le sondage, ils sont sur la bonne voie: «En 1997, les 15-19 ans représentaient 0,5% des locuteurs, et ils sont aujourd'hui 4%», souligne-t-il.
1. Sondages TMO-Régions effectués en décembre1997 et 2007. 2. Membre associé du Centre de recherche bretonne et celtique (universités de Brest et Rennes2). 3. Analyse du sondage TM0-Régions, www.emgleobreiz.com (en vente 13,90 € à partir du 20mars).