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Le mythe de l'anglais
Gilbert DALGALIAN

Vice-président du C.M.I.E.B.
Directeur pédagogique de l'Alliance Française

Introduction

I - Que se passe-t-il dans l'enseignement des langues ? Qu'est-ce qui détermine le choix des familles ?

II - Quelle est la rançon de l'actuel choix utilitariste de l'anglais ?

Conclusion


Introduction

Il ne s'agit pas, ici, de nier l'importance de l'utilité de l'anglais que je pratique moi-même. Ce qui est en cause sous ce titre "Le mythe de l'anglais", c'est la priorité quasi obligatoire donnée à l'anglais, toujours, partout et n'importe comment, priorité donnée au détriment de beaucoup d'autre langues, priorité qui n'est pas toujours justifiée dans l'éducation, priorité qui, en outre, aboutit, paradoxalement la plupart du temps, à une maîtrise très insuffisante de l'anglais. C'est cette priorité dont je veux décrire, aujourd'hui, le mécanisme aveugle et les conséquences.

I - Que se passe-t-il dans l'enseignement des langues ? Qu'est-ce qui détermine le choix des familles ?

Les familles choisissent de plus en plus, et je dirai, de façon automatique, l'anglais comme première langue étrangère de leurs enfants. Avec les résultats que l'on sait : des progrès extrêmement lents et un niveau final médiocre pour la majorité des élèves. Tout se passe, dans cette course à l'anglais, comme dans une course à la richesse matérielle. Ceux qui arrivent aux meilleurs résultats sont la minorité qui, au départ, dispose du meilleur patrimoine : les bilingues précoces sont ceux qui partent avec le meilleur capital ; les apprentissages précoces de langue sont les investissements les plus sûrs et les plus rentables. Et dans le domaine des langues, l'école, comme les banques, ne prête qu'aux riches. Ce qui se traduit, dans la réalité, comme ceci : le bilingue apprend plus facilement et mieux sa troisième et même sa quatrième langue que l'unilingue sa deuxième langue. Il importe d'expliquer ici, pourquoi l'enfant bilingue est à l'aise dans deux systèmes linguistiques ; il devient une sorte de spécialiste de l'aller-retour d'un système à l'autre. Comme il a intuitivement comparé les deux systèmes, comme il s'est familiarisé, sans le savoir, avec les différences entre les deux systèmes, il sera plus à même d'apprendree un troisième système, en s'appuyant sur les modèles et les procédés de ses deux premières langues, que l'unilingue sur un seul système, mais en outre, il n'a pas, sur ce sytème, la distance et la capacité d'analyse qui permettent d'en tirer une compétence linguistique plus large, transférable à d'autres apprentissages de langues.

A partir de là, il devient clair que, passé l'âge du bilinguisme précoce, c'est-à-dire entre zéro et six ans, les familles n'ont plus guère d'autres choix que de viser à l'économie et d'aller vers la langue professionnellement la plus prometteuse : l'anglais. Un anglais, du reste, mal maitrisé et dont on mesure l'insuffisante maîtrise, justement, chez ceux qui en ont le plus besoin : nos scientifiques. J'y reviendrai.

Mais poussons encore un peu l'analyse de ce qui se passe chez le bilingue : tandis que l'enfant unilingue, après dix-onze ans, est comme prisonnier de l'illusion que les choses ne peuvent se dire que d'une seule façon, l'enfant bilingue, lui - lorsque son bilinguisme a été correctement relayé pa l'école - abordera l'anglais en troisième ou quatrième position et son apprentissage bénéficiera alors, tout naturellement, du fait qu'il possède déjà (au moins) deux systèmes phonétiques, deux systèmes grammaticaux, deux systèmes de composition et de dérivation des mots, etc., donc d'un outil plus riche et d'une autonomie d'apprentissage incomparable.

C'est exactement ce qui se passe dans les écoles internationale de Genève, de Bruxelles, de Valbonne, de Draveil, de St-Germain-en-Laye, dans les rares sections bilingues de quelques établissements de l'Education Nationale dans le Nord - Pas-de-Calais et surtout dans les écoles bilingues de Catalogne, du Pays Basque et de Diwan (pour me limiter à ce que je connais).

Voulez-vous qu'on développe, quelques instants, le seul aspect phonétique du problèmes ? Chez le petit enfant, l'oreille est seulement l'organe de l'audition, mais après dix-onze ans d'âge, chacun de nous développe des oreilles "nationales" ; autrement-dit, l'oreille est devenue un filtre qui ne laisse passer - c'est-à-dire qui n'entend - que les sons proches de la langue maternelle. Le petit francophone de onze ans, s'il est unilingue, ne dispose, grosso-modo, que d'un filtre à trente-quatre trous pour aborder sa première langue étrangère, parce que le français à trentre-quatre phonème. Le petit Breton du même âge, s'il est parfaitement bilingue breton-français, disposera d'un filtre qui, certes, n'aura pas le double de trous, mais tout de même, une capacité phonétique beaucoup plus riche qui lui facilitera largement l'apprentissage de l'anglas ou de l'allemand par exemple.

Et ce raisonnement sur les apprentissages phonétiques peut être repris, à peu de nuances près, pour les aspects lexicaux et grammaticaux de l'apprentissage des langues étrangères.

En résumé, on peut formuler ces choses presques comme un double théorème :

  1. Quand on n'a pas eu la possibilité d'apprendre deux langues - quelles qu'elles soient - comme enfant, on est forcément poussé par l'environnement social et intellectuel à apprendre l'anglais comme première langue étrangère.

  2. Quand, au contraire, on peut bénéficier, comme enfant, d'un environnement et d'une éducation bilingue, alors, tous les choix sont permis tout de suite, toutes les combinaisons de langues redeviennent possibles et, dans une éducation bilingue, l'anglais n'est plus ni cette obligation absolue, ni cet horizon hors de portée. Il reprend sa place normale et devient d'un apprentissage aisé comme troisième langue pour le bilingue breton-français ou corse-français et comme quatrième langue pour le trilingue basque-français-espagnol ou luxembourgeois-français-allemand ou le trilingue italien-allemand-français du Tessin, du Haut-Adige ou de la Vallée d'Aoste ou pour le trilingue alsacien-français-allemand.

Bref, le choix quasi obligatoire de l'anglais comme première langue, c'est le prix actuellement payé par une société qui est passée au rouleau compresseur de l'éducation monolingue. C'est un choix utilitariste qui tourne le dos à l'utilité vraie.

Qu'est-ce que l'utilité vraie ?

C'est :

  1. de commencer l'anglais quand il y a une motivation réelle par la famille, ou par la géographie (région proche d'un pays anglophone) ou justement quand il est temps d'en faire la troisième ou quatrième langue indispensable à l'adolescent.

  2. de ne commencer ni l'anglais ni aucune autre langue au détriment d'une langue qui est présente naturellement dans le patrimoine linguistique de la famille ou de la région et, par conséquent, dans l'environnement socio-culturel.

  3. enfin, outre la motivation et le maintien des racines, l'unité vraie, c'est ce qui sera le plus formateur pour l'esprit.

L'unité véritable, c'est de faire toujours et partout le choix qui va combiner la meilleure formation de l'esprit, le maintien des racines culturelles et la plus grande communication nationale et internationale.

II - Quelle est la rançon de l'actuel choix utilitariste de l'anglais ?

Elle est multiple et elle pèse lourd :

  1. D'autres langues, beaucoup d'autres langues, sont négligées : langues minoritaires, langues d'origine des immigrants, mais aussi de grande diffusion et souvent langue d'un voisin international : l'allemand, l'espagnol, l'italien, le portugais, l'arabe, le néerlandais.

  2. ...

...

  1. Elle...

  2. Elle sera intensive, c'est -à-dire qu'à moins de six à sept heures par semaine, par langue, c'est du soupoudrage et cela confine au sabotage de l'enseignement qu'on prétend prodiguer.

  3. Elle sera transdisciplinaire, c'est-à-dire que, le plus tôt possible après les apprentissages fondamentaux, chacune des deux langues doit être utilisée dans l'une quelconque des autres disciplines, comme la langue de découverte du monde et de soi-même, comme la langue d'enseignement à utilités et à statuts égaux dans la vie scolaire quotidienne de l'enfant ; faute de quoi, l'enfant ne prend pas au sérieux uen langue qui ne sert à rien d'autre qu'à étudier la langue.

Conclusion

En conclusion, je me pemettrai d'insister sur trois points :

  1. La citation rapportée hier par J.J. Kerouredan de cette soirée de J.P. Chevènement concernant les "langues inutiles" : vous voyez maintenant que cette "théorie" n'a aucun fondement scientifique, pas même d'un point de vue utilitaire, parce que toutes les langues sont formatrices pour l'esprit, pourvu que le bilinguisme soit amorcé jeune.

  2. L'Afrique entière, l'Asie presque entière, l'Océanie, de grandes parties de l'Europe du Nord, de l'Est et du Centre sont bilingues ou trilingues. Les Européens de l'Ouest sont vraiment les derniers unijambistes et il est temps, pour eux qui se prétendent Européens, de commencer à réfléchir à leur infirmité qui passe de moins en moins inaperçue dans le monde, un monde plurilingue et pluriculturel.

  3. Je suis bilingue, j'ai connu beaucoup de bilingues ou de plurilingues, je n'ai jamais vu de vrai bilingue qui soit xénophobe.
Dihun le