Suite à la démission
du Président de Dihun 29, voici le rapport moral qui a été
lu et débattu à l'Assemblée générale
de DIHUN le 27/10/07.
Le mercredi 24 octobre 2007
Dihun Penn Ar Bed est une association de parents
d’élèves des classes bilingues breton-français
de l’enseignement catholique dans le Finistère. Son
objet est le soutien, le suivi et la promotion de l’enseignement
du et en breton au sein des écoles privées du Finistère.
Notre association ne travaille pas seule : elle est membre de la
fédération de Dihun Breizh et compte une association
locale : Dihun Bro Gwiseni. Elle apporte également son soutien,
et c’est réciproque, à de nombreux partenaires
qui défendent de leur côté la langue bretonne
: Ofis Ar Brezhoneg, Sked, Ti ar Vro, Divskouarn…Enfin, elle
se félicite de compter dans ses rangs ou parmi ses sympathisants
des parents motivés, des instituteurs et institutrices dévouées,
des directeurs et directrices soucieux de bien faire et d’assumer
leur choix, et quelques membres « historiques » dont
quelques uns de mes prédécesseurs.
Cette année, cette communauté s’est agrandie
puisque 2 nouvelles filières se sont ouvertes à la
rentrée 2006 : Plouvorn et Plouarzel. Nous saluons également
la naissance d’une filière bilingue au collège
de Landivisau. Dihun 29 a reconduit ses ventes de livres pour Noël,
et accompagne, dès que c’est possible, les projets
immersifs des écoles dont le plus marquant par son originalité
aura été celui de St François à Lesneven
: la rencontre de deux cultures minoritaires aux antipodes de l’Europe
: Bretons et Samis de Norvège.
Bref, tout a l’air d’aller pour le mieux dans le meilleur
des mondes et ce rapport moral 2006-2007 pourrait, comme les précédents,
souligner le travail accompli avec les seules réserves d’usages
du moment, sans trahir notre volonté de dialogue et de modération.
En effet, si nous soutenions il y a un an la grève de la
faim de Yannig Baron, nous nous sommes toujours refusés,
et ce jusqu’à notre dernier CA de juin dernier, à
engager des actions autres que l’envoi de courrier, lettres
et autres mails souvent sans réponse…
Car il est un partenaire encore plus privilégié que
je n’ai pas encore cité et sans qui pourtant rien n’aurait
été possible : la direction de l’enseignement
catholique. Sans elle en effet aucun de nos enfants n’auraient
appris le moindre mot de breton dans nos écoles. Sans elle
je n’aurais pas inscrit mes enfants dans une classe bilingue
de l’enseignement privé et n’aurais donc pas
connu Dihun. Sans elle enfin nous ne serions pas probablement pas
là ce matin à regretter son absence…Vous noterez
que j’ai écrit cette phrase il y a 3 jours, alors même
que je n’avais reçu aucun message excusant la présence
de la DDEC à cette AG. Prémonition ? Don de voyance
? Non, rien de tout cela. Seulement une déduction logique
et une prise de conscience de la triste réalité :
il n’y a aujourd’hui plus de dialogue entre la DDEC
29 et Dihun 29. Ce n’est pas ce que nous avons souhaité
; les nombreux appels téléphoniques (encore 5 cette
semaine), les lettres, les mails que nous avons envoyés et
qui sont restés sans réponse en témoignent.
Depuis un an, je n’ai pu dialoguer ouvertement qu’avec
l’évêque de Quimper quelques jours avant qu’il
ne présente sa démission, atteint par la limite d’âge,
et Charlez An Dreo. Sur le conseil de ce dernier, en mai, j’ai
contacté Guy Berthou, conseiller pédagogique, pour
convenir d’un rendez-vous. Il s’est montré ouvert
et intéressé puis, après en avoir parlé
à sa direction, m’a prévenu qu’il ne pourrait
finalement pas me rencontrer.
Bien sûr, je ne vous cite ici que les exemples les plus récents
qui me viennent à l’esprit. En réalité,
depuis plusieurs années, Dihun 29 est ignorée par
la direction de l’enseignement catholique et certains directeurs
reçoivent des consignes de ne pas nous parler. D’autres
ne comprennent pas et se montrent prêts à accepter
Dihun dans leurs murs, poussant la provocation à demander
à QUIMPER l’autorisation d’avoir une association
Dihun locale dans leur école. Que l’on soit rassuré
: ce genre de demande farfelue essuie toujours un refus ferme.
Le constat est ainsi on ne peut plus clair et doit être connu
de tous : Dihun29 n’est pas reconnu par la DDEC29 ; les parents
des classes bilingues ne sont pas représentés en tant
que tel dans l’enseignement catholique du Finistère
qui continue pourtant de les accueillir.
Mais cette situation, aussi troublante soit-elle sur le plan démocratique,
n’est peut-être pas aussi dramatique pour l’avenir
de nos filières. La seule frustration de ne pas être
reçu à Quimper justifierait-elle notre colère
? Hélas, non.
Car il y a plus grave que l’absence de dialogue ; l’absence
d’une réelle politique de développement des
classes bilingues dans l’enseignement catholique en Bretagne
et dans le Finistère en particulier.
Deux constats traduisent notre inquiétude sur l’avenir
de nos filières : la désorganisation complète
de l’enseignement bilingue dans nos écoles et les orientations
récentes prises par les DDEC dans ce domaine.
Depuis 1990, les filières breton-français continuent
de grandir sans réelle politique cadre en matière
de pôles de développement, de recrutement, de formation
des instituteurs et des professeurs, d’accompagnement des
écoles, de calendrier,…Tout se passe au coup par coup,
selon la bonne volonté des uns et des autres et une vision
à long terme d’un mois ou deux maximum. Une convention
tripartite Dihun-DDEC-région devait être signée
suite à l’action de Yannig Baron en 2006. Elle devait
nous aider à mettre en place cette politique de développement
et de recrutement. La DDEC a refusé de la signer en l’état
proposé par la région et Dihun, c'est-à-dire
avec un calendrier. Aujourd’hui statut quo, interrogation
de la région et perte de temps précieux. Plutôt
que de rechercher un compromis, la DDEC 29 annonce qu’aucune
ouverture de nouvelles filières ne sera possible tant que
le pourcentage d’enseignants suppléants n’aura
pas diminué (même si le Finistère est le département
qui a le moins de suppléants) ; les parents de Guilers s’interrogent
sur l’avenir d’un collège bilingue pour leurs
enfants ; la carte des pôles à l’étude
prévoit…2 lycées bilingues dans le Finistère
à terme…
D’un autre côté, les décisions récentes,
sans mettre en place une véritable politique pour le bilinguisme,
nous paraissent plus bretonnicides que jamais : en juin, annonce
brutale et sans concertation de la baisse du nombre d’heures
pour les aides maternelles bilingues (financées par le conseil
général du Finistère) ; puis Formiris (chargé
du financement de la formation professionnelle dans l’enseignement
catholique) annonce la diminution de 50% de sa participation dans
les congés-formation pour devenir enseignant bilingue ; la
promotion des DU « métiers et langue bretonne »
dans les UCO de Vannes et de Guingamp auparavant réalisée
par Dihun est assurée aujourd’hui par l’enseignement
catholique : en 2007, le nombre d’inscriptions à ces
diplômes universitaires dont le rôle est incontournable
dans le développement et la pérennisation des filières
a été divisé par trois par rapport à
2006…
Les conséquences sur le terrain sont hélas déjà
perceptibles : absence d’enseignants bilingues ou remplacement
par un enseignant monolingue, fragilisation accrue des filières,
inquiétude et incompréhension des parents…
Nous pouvons nous interroger sur le « comment inverser la
tendance ? ». Je veux croire que c’est encore possible
tant les bonnes volontés sont présentes : parents,
directeurs et surtout instituteurs et institutrices qui oeuvrent
sans relâche pour leurs élèves. Nous sommes
tous animés par le même objectif et savons qu’il
est difficile à atteindre. Il ne manque que cette concertation
dont je dénonce l’absence et une véritable politique
de développement. En quelque sorte un « Grenelle »
du bilinguisme breton-français dans l’enseignement
catholique avec de l’ambition, des idées et des décisions.
Cherchez un système ou une organisation ayant réussi
à se développer sans politique ni dialogue. Vous n’en
trouverez pas…
J’ai accepté il y a 3 ans les responsabilités
de président de Dihun 29. Bien conscient des difficultés
de la tâche, je n’imaginais pas alors un tel défi,
une telle épreuve menée sans véritable arme.
Aujourd’hui, le combat me parait trop inégal et trop
injuste. D’ailleurs, pourquoi faudrait-il mener un combat
?... Je ne souhaite pas être complètement vaincu par
le découragement. Je souhaite surtout protester contre les
prises de position de la DDEC qui ne me paraissent pas aller dans
le bon sens et garder de l’énergie pour continuer à
servir Dihun, les classes bilingues et le breton d’une autre
manière.
Je démissionne donc aujourd’hui de mes fonctions de
président de Dihun Penn ar Bed. Je continuerai à assurer,
quelques temps s’il le faut, les affaires courantes de l’association,
bien aidé par les membres du bureau auxquels je veux rendre
un hommage particulier ici.
Merci à eux et à vous tous.
Pierre Favé,
Président de Dihun Penn Ar Bed
|
|