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Conférence de Loeiz Bocquenet

Conférence de LOEIZ BOCQUENET (psychologue et parents)
Au dixième anniversaire des classes bilingues du Finistère le 29 avril 2000

[...]
Pour mesurer le chemin parcouru, partons des objections qui étaient faites au départ. Certaines n'ont plus lieu d'être aujourd'hui car les réponses sont évidentes, certaines sont encore d'actualité et pour la plupart, je pense, des éléments de réponses ont été donnés.
[...]
Je vous les donne en vrac : Le breton n'est pas une langue mais un patois.

L'intérêt qu'on peut avoir pour le breton, c'est d'en faire un objet d'étud, mais ce n'est pas une langue qu'on enseigne à l'école.

Si on veut l'apprendre, cela ne peut que rester une activité de loisir, dans un cadre associatif.

Le breton, c'est le passé, pas l'avenir.

Apprendre le breton, c'est se complaire dans la nostalgie d'une monde révolu et embelli.

Le breton est une langue rurale, et d'une ruralité, qui plus est, qui est dépassée.

Le breton, linguistiquement, ne peut évoluer, ni exprimer la modernité encore moins une civilisation urbaine.

Mettre ses enfants dans des écoles ou des classes bilingues breton-français, c'est les enfermer dans du repli sur soi, dans de l'esprit de clocher, le chauvinisme, l'obscurantisme, au lieu de les amener à l'ouverture d'esprit sur le monde, sur l'Europe, sur l'universalisme, sur la solidarité, sur la modernité.

Vous demandez des classes et des écoles bilingues alors que d'une commune à l'autre vous êtes incapables de vous comprendre. Un Cornouaillais n'a jamais compris un Vannetais. Et le breton à la télé c'est du breton chimique.

Le bilinguisme précoce, c'est un danger. Vous allez faire du dégât pédagogique, affectif et psychologique sur vos enfants.

On sait bien qu'avant de donner un deuxième langue à un enfant, il faut qu'il ait déjà bien assimilé la maîtrise, la lecture et l'écriture de sa langue maternelle.

Quitte à faire du biliguisme, au moins faites le seul qui servira à vos enfants : le bilinguisme français-anglais.

Les écoles bilingues et les classes bilingues, on sait bien qui sont les familles qui peuvent en bénéficier : ce sont les familles aisées et économiquement et culturellement, qui peuvent se permettre le luxe d'une pédagogie marginale, à la mode, parce qu'ils auront toujours les moyens de faire rattraper une scolarité ordinaire à leurs enfants.



Voilà donc les questions qui nous étaient régulièrement ramenées à la face, au début de l'expérience du bilinguisme, tel que l'avait préconisé DIWAN.

Vous remarquerez que ces questions se regroupent autour de trois grands thèmes :

Premier thème : la langue bretonne ou l'enseignement bilingue serait frappé de dangerosité,

Deuxième thème : la langue bretonne ou le bilinguisme précoce serait frappé d'indignité,

Troisième thème : la langue bretonne ou le bilinguisme précoce breton-français serait frappé d'impuissance



Vingt ans après, que peut-on dire de ces questions, de ces critiques ?

Toutes, quasiment toutes, ont reçu des démentis. On pourra revenir dans le détail tout à l'heure, mais en y réfléchissant, ces jours derniers, je me suis rendu compte que les démentis avaient été apportés de trois manières : le premier démenti a été apporté par le fait scolaire lui-même. Avec DIWAN, puis avec les classes bilingues de l'Education Nationale, puis avec les classes bilingues de l'Enseignement Catholique, désormais on sait que le breton peut être une langue d'enseignement. On sait que le breton peut être une langue de scolarité. on sait désormais que le breton peut être enseigné en Bretagne de la maternelle à l'université. Donc, de ce point de vue là, la langue a retrouvé ses lettres de noblesse. Pour ceux qui désirent davantage d'exemples, de témoignages, illustrant cette pertinence de la langue bretonne comme langue d'enseignement, on sait désormais que les sept premiers postulants au breton comme langue véhiculaire au bac, donc en 97, les sept premiers bacheliers DIWAN ont tous été reçus avec mention. Donc l'argument selon lequel le breton ne pourrait pas être une langue d'enseignement et ne pourrait pas permettre aux écoliers, aux lycéens bretons de suivre une scolarité normale tombe de lui-même. Nous savons par ailleurs, toujours dans ce domaine du démenti apporté par le fait scolaire lui-même, que depuis cinq ans, six ans, la marge de progression des inscriptions dans les filières DIWAN, Education Nationale, Education Catholique est entre 12 et 15 % alors que, dans le même temps, la chute démographique se fait sentir. Enfin s'il fallait encore donner un autre exemple de la vitalité, de la pertinence du breton comme langue d'enseignement, comme langue scolaire, comme langue habilitée à recevoir ou à produire de la pédagogie, un fait scolaire qui illustre c'est l'édition en général, l'édition des ouvrages scolaires, pédagogique que ce soit l'édition de livres ou que ce soit l'édition d'outils plus modernes comme le CD. Une maison d'édition comme T.E.S. édite chaque année un nombre impressionnant de productions de très grande qualité qui démontre si besoin était encore que la langue bretonne, le bilinguisme précoce sont tout à fait à même de produire des outils pédagogiques de grande qualité et d'actualité.

Un autre démenti a été apporté, en dehors du fait scolaire lui-même, par l'extérieur, par la communauté scientifique, universitaire, extérieure à DIWAN, extérieure même à la France, la communauté scientifique internationale et par les instances internationales comme l'UNESCO. Plus personne de sensé aujourd'hui après avoir entendu les universitaires ou les hommes de sciences internationaux parler de la langue bretonne ou parler du bilinguisme breton-français n'oserait contredire et démentir leur propos. Il y a eu des dates qui ont été importantes pour ça : la date de 1988, par exemple, lors de la tenu d'EUROSKOL qui a fait venir des sommités comme le professeur McKay, professeur canadien, M. Dalgalian, le directeur de l'Alliance Française, des psycholinguistes comme Anna Gilette ou Mme Gauthier-Castaing, ou des professeurs de linguistique de Sorbonne comme M. Martinet etc. et j'en passe qui tous, sans exceptions ont apporté la preuve et la démonstration que le breton était une langue habilité à apporter ce dont les jeunes générations ont besoin aujourd'hui pour apprendre, pour parler bien entendu, pour communiquer avec leurs semblables dans l'actualité, dans la modernité, que le bilinguisme précoce breton-français était non seulement tout à fait adapté mais souhaitable, en priorité à d'autres bilinguisme comme le bilinguisme anglais-breton ou anglais-français. Et donc nous avons un acquis, nous avons un corps scientifique, là au bout de quinze ans qui nous permet de démentir tous ceux qui, encore, par malveillance ou ignorance mettent en doute cette pertinence du breton comme langue d'enseignement et comme une langue apte à être utilisée dans le bilinguisme précoce.

Enfin, j'allais oublier de citer quelqu'un de très connu comme le professeur Claude Hagège, qui, à partir des années 90 a été d'un appui tout à fait remarquable pour la cause du breton comme langue support d'un bilinguisme précoce avec des livres qui ont fait autorité et des exposés déjà en Bretagne d'ailleurs, qui continuent de faire autorité. Et enfin, s'il fallait citer un dernier fait pour accréditer la pertinence du breton comme langue support dans le bilinguisme précoce, il y a l'Etat français lui-même, à son corps défendant, l'Etat français lui-même, qui, dans les années 84-85 surtout à travers une instance commme le Haut Conseil à la Francophonie, le Haut Comité à développé les thèses que nous développons : la nécessité du bilinguisme précoce par immersion à usage du Français au Canada où l'Etat français n'avait pas peur du paradoxe qui consistait à interdire ou mépriser la pédagogie bilingue breton-français en Bretagne mais à préconiser le même système au Canada Québec en particulier, puisqu'il s'agissait, cette fois, de rétablir la primauté du français par rapport à l'anglais

Quels sont, au bout de quinze ans, les grands acquis que nous pouvons retenir en matière de bilinguisme breton-français ?

Il y en a de deux ordres : il y a l'intérêt, que l'on va appeler l'intérêt cognitif. Nous sommes en mesure d'aligner, à partir des expériences, sur plusieurs années maintenant, toute une série d'effets qui ont été statistiquement remarqués, en matirère de bilinguime sur le plan cognitif, et nous sommes en mesure aussi d'aligner, de faire la démonstration de toute une série d'effets répertoriés, sur un autre domaine que le domaine cognitif, qui est le domaine de la personnalités. Les enfants qui ont la chance d'être dans un système bilingue précoce peuvent bénéficier d'une grande série d'effets positifs sur le plan cognitif et d'une grande série d'effets positifs sur le plan de la formation de la personnalités. Je me suis amusé à faire un inventaire rapide sur lequel on reviendra pendant le débat, sou vous le voulez. C'est évidemment sommaire, mais je ne voudrais pas non plus donner l'impression que je défends un système idéal. C'est pour la nécessité de la discussion que j'ai fait un inventaire qui est forcément à relativiser.
Les premiers effets remarqués, répertoriés, concernant le bilinguisme précoce en général, donc le bilinguisme breton-français à l'intérieur sont les effets que l'on pourait appeler les effets fondamentaux concernant la perception et l'intelligence. Un enfant bénéficiant d'un apprentissage bilingue breton-français précoce par rapport à un enfant dans un système monolingue, va avoir des plus sur le plan de la conscience de la nature arbitraire du signe. Un enfant bilingue comprend tout de suite que quand il dit "verre", la chose qui est le verre et le mot qui désigne le verre sont deux choses distinctes. Il parvient à faire ce que les linguistes appellent la discrimination entre le signifiant et le signifié, entre la chose et le mot qui le désigne. Ca c'est un effet capital agissant sur la formation de la perception et la conception de la nature arbitraire du signe.

Un deuxième effet fondamental important, c'est la souplesse intellectuelle auditive et orale que l'enfant va retirer d'un système bilingue. Il va avoir à jouer sur un échantillon beaucoup plus large du spectre auditif, du spectre sonore que va lui permettre le bilinguisme. Les langues n'ont pas le même spectre sonore. L'anglais, par exemple, pour prendre une langue qui a un large spectre fait utiliser à son locuteur, un spectre sonore oscillant entre 1200 et 1300 hertz. Le français à un volume auditif beaucoup moins sollicité, de l'ordre de 700-800 hertz. Un enfant qui a la chance d'être dans un système bilingue précoce va pouvoir habituer son oreille, son système auditif, et donc oral qui n'est pas encore figé, à jouer avec des spectres sonores très larges et qui vont lui rester acquis. Un enfant monolingue, lui, va rester dans un même spectre beaucoup plus rédut, peut-être, et surtout figé comme tel et il aura beaucoup plus de ml après à pouvoir jouer et apprendre les langues. C'est là toute la difficulté pour nous, adultes, d'apprendre plusieurs langues quand on n'a été que dans un système monolingue, enfant. Parce qu'on aura, non seulement les difficultés inhérentes à l'apprentissage d'un autre vocabulaire, d'une autre syntaxe, mais on aura notr oreille aussi à rééduquer. C'est beaucoup plus difficile quand on a ce labeur là à faire. Un enfant, lui, n'a pas d'efforts à faire pour jouer avec son système auditif. Il attrape les sons, donc c'est cela l'autre acquis fondamental que permet le bilinguisme précoce, une souplesse donc, intellectuelle, orale et auditive.

De ces deux acquis fondamentaux vont découler, logiquement, d'autres effets positifs, cette fois sur le plan intellectuel :

Evidemment, une plus grande aptitude au bilinguisme et au plurilinguisme mais aussi un enrichissement culturel de la pensée et de la personnalité par l'acquisition de plusieurs cultures, de plusieurs civilisations, dont les véhicules bilingues ou plurilingues sont les porteurs.

Une aptitude à l'abstraction : on a remarqué chez les enfants bilingues précoces une aptitude à l'abstraction qui se traduit par une plus grande facilité, une plus grande aisance pour aborder la logique, pour aborder les mathématiques, pour jouer avec les-aller-retours dialectiques entre les systèmes.



De ces effect intellectuels favorisés par le bilinguisem, découlent ensuite aussi d'autres effets, et là, des effets dont on peut dire que ce sont des effets positifs sur le plan de la personnalité, de la conscience de l'enfant bilingue. Il va avoir déjà une estime de lui plus forte. Le fait de se sentir maîtriser plusieurs langues, ça donne une force, ça donne une sécurité, ça donne un plaisir et donc, par conséquent, une estime de soi plus grande. On a remarqué aussi que cela donnait une vision plus grande du monde, de la culture et donc une tendance à pouvoir comprendre le monde plus facilement avec plusieurs perspectives, donc avec une conscience plus grande de l'aspect relatif des choses, donc avec un accès plus grand du côté de l'universalisme, donc une ouverture plus grade, plus facile du côté de la tolérance on rentre dans de le monde de l'éthique. On a remarqué aussi que les enfants bilingues précoces étaient plus à l'aise avec toutes sortes de gens, avec toutes sortes de situations et étaient moins déstabilisés quand ils avaient à affronter une situation indédite. Enfin, on a remarqué une capacité, il faut le prendre sur le plan du compliment, à l'insoumission. Un enfant bilingue précoce va être moins soumis que d'autres à l'idéologie, il va avoir un esprit plus critique et donc un esprit plus rebelle. Je crois qu'il faut s'en réjouir.

C'est un inventaire que j'ai fait, il est sommaire, il est à relativiser. je ne veux pas donner l'impressoin que tout enfant bilingue précoce obtient forcément au bout du compte cette somme de qualités et d'avantages. Certains peu, certains plus, certains dans certains domaaines, certains dans d'autres, mais c'est ce qu'on a remarqué en général, donc sur plusieurs dizaines d'années d'expérience maintenant dans les systèmes bilingues précoces quelles que soient les langues-supports de ce bilinguisme.

On disait : "Le breton n'est pas une langue, le breton est un patois, le breton n'a pas de pertinence pour être une langue d'enseignement, et encore moins une langue d'enseignemnet bilingue précoce"... Plus personne aujourd'hui ne peut avancet cet argument. S'il y avait un exemple, une illustration à choisir pour dire que c'est inepte, je choisirais une citation de Claude Hagège : "Toutes les langues peuvent tout dire. Chacune à sa manière, chacune a sa logique, chacune a son système de pertinence. Il n'y en a pas une de supérieur, il n'y en a pas une d'inférieure, il n'y en a pas une qui aurait des trous, des manques pour dire le monde. Chacune peut tout dire." Toute langue est une clé de contact pour entrer dans le monde et tout exprimer de ce monde.

Concernant l'acquisition des langues dans un système bilingue précoce, vous savez toutes les questions qui nous ont animés, qui nous animent encore pour savoir quand est-ce qu'il faut faire, quand est-ce qu'il faut commencer, est-ce que c'est dangereux, à partir de quelle date atteint-on le seuil critique ? On sait désormais qu'un enfant de moins de trois ans peut se voir offrir la possibilité d'apprendre une, deux, trois, quatre, cinq langues. Non seulement cela ne va pas lui être dommageable mais au contraire c'est là qu'il va avoir le plus de possiblités de se jouer des langues. Pourquoi ? Parce que, à la différence de l'enfant de quatre ans, à plus forte raison à la différence de l'enfant de huit ans, et à plus forte raison à la différence de l'enfant de 11 ans (11 ans, c'est un seuil qu'il faut retenir), il n'a pas son système cérébral, intellectuel figé dans des représentations déjà structurées. Il a une grande plasticité auditive, orale, structurale qui lui permet de recevoir l'ensemble des langues qu'on lui donne comme un tout, qu'il reçoit comme dans une perception globale. Donc il n'a pas à faire d'efforts, il reçoit, c'est-à-dire qu'il perçoit les langues différentes qu'on lui offre comme des ensembles à jouer. Pour un adulte, qui, lui, n'est plus dans cette plasticité là, on le comprend, lui qui a développé d'un côté son monde des sens, des sensations, il a développé d'un autre côté son monde des émotions, il a développé d'un autre côté son monde d'intellect. Ces trois mondes retants liés, bien entendu, mais divisés quand même parce que l'adulte a développé son analyse. L'enfant n'ayant pas développé son analyse, il reçoit les choses comme un tout dans un tout. Pour lui c'est facile, les langues, c'est un jeu. La psycholinguiste Anna Gilette dit : "L'enfant n'apprend pas des langues, l'enfant les attrape, à la différence de l'adulte qui lui ne peut plus les attraper, il est obligé de les intégrer dans un système construit, figé." C'est donc un effort laborieux, parce que pour un adulte monolingue, entrer dans une nouvelle langue, cela va signifier pour lui, mettre cette deuxième langue dans tout un système alvéolaire, si l'on peut dire. Il ne peut paf aire autrement que de traduire, de filtrer le nouveau à travers ce qu'il sait déjà et qui le construit déjà. L'enfant bilingue précoce, lui, n'a pas un système encore très perceptif, très sensoriel, très émotionnel, cette nouvelle langue. Donc, on peut dire aujourd'hui que le bilinguisme précoce plus il est précoce, meilleur il est. Ce qu'on peut dire aussi, c'est que cette plasticité-là, elle se termine vers 11 ans. A partir de 11 ans, cela devient très difficile pour un enfant aussi d'acquérir une deuxième langue et à plus forte raison une troisième langue.
[...]
Il y a eu aussi tout un débat, il existen encore, pour savoir si on ne faisait pas de déjâts psychologiques en mettant un enfant en situation de bilinguisme, en sachant que les situations de bilinguisme sont multiples. Il n'y a pas une définition du bilinguisme. Cela n'existe pas, il y a plusieurs formes de bilinguisme. Plusieurs exemples :

Le père parle une langue et la mère en parle une autre,

Les deux parents parlent la même langue à la maison mais l'enfant en parle une troisième différente à l'école,

L'enfant parle avec sa mère une langue sans savoir l'écrire mas va savoir écrire une langue d'un autre membre de sa famille

Etc.



Les bilinguimes sont variés. Aucun ne peut prétendre à avoir la suprématie sur une autre. On va se mettre d'accord pour dire que le bilinguisme mérite ce nom-là quand un enfant maîtrise suffisamment les deux langues pour avoir accès à l'usage courant de la conversation et avec la culture ou la civilisation qui accompagne cet usage courant d'une langue.

Danger psychologique ou pas ?

On peut dire maintenant que le bilinguisme n'est jamais la source d'un conflit psychologique ou d'une difficulté psychologique. Le bilinguisme en tant que tel n'a aucun danger psychologique. Ce que peut faire le bilinguisme, c'est souvent le cas, il peut être le révélateur de troubles psychologiques, de conflits psychologiques mais qui préexistent à la situation de biliguisme. Prenons l'exemple d'un enfant dans une école bilingue à DIWAN ou dans l'Education Nationale, ou dans l'Education Catholique. La famille ou l'enseignant va se rendre compte qu'il mélange, qu'il est dyslexique, qu'il ne veut plus parler à l'école le breton, il fait comme s'il ne voulait plus parler que le français. La tentation va pouvoir être, en effet, de se dire : "Oh la la, est-ce que c'est le bilinguisme tel qu'on le pratique qui est dangereux pour lui ? Est-ce qu'on va trop vite ? Est-ce qu'il n'est pas mûr ? Est-ce qu'il fait une fixation parce qu'il a peur de décevoir un de ses parents en parlant une langue qui n'est pas parlée par lui à la maison ? etc. Dans la majorité des cas étudiés, on s'est aperçu que ce n'était pas le bilinguisme en tant que tel, ni l'enseignement bilingue en tant que tel qui générait la difficulté psychologique. La situation de bilingue scolaire étéit le révélateur d'un conflit, d'un trouble qui prééxistait à la situation bilingue : trouble, conflit individuel à l'enfant ; trouble, conflit familial ; trouble, conflit relationnel à l'école. Là on peut affirmatif.

L'autre danger psychologique, plus général, qu'on retrouve dans toutes les situations bilingues précoces, ce sont les mélanges, les confusions. Il arrive très fréquemment qu'un enfant de 2 ans, 3 ans "mélange" deux langues (je mets le mot mélanger entre guillemets), dise un mot de français dans une phrase en breton, dise un mot de breton dans une phrase en français. On sait désormais que c'est normal. L'enfant joue avec les langues dans une plasticité, va faire des emprunts normalement avant de maîtriser dans les deux langues, mais on ne peut par parler de mélange ou de confusion, ce dont on va parler c'est de combinaisons. Il a bien compris, l'enfant, qu'il y a deux système et que chacun étant un système, chacun a une combinaison mais qu'entre les deux ça peut combiner aussi. Donc, il joue à combiner. En aucun cas il ne s'agit de confusion. Petit à petit, dans toutes les situations, l'étude des statistiques le montre, ces "confusions" cessent d'elles-mêmes pour, la maturité venant, laisser la place à une maîtrise des deux langues.
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Le bilan, le recul et les perspectives.

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A quoi sert le breton ? Là, je vais prendre encore la méthode de l'inventaire, avec les limites de cette méthode, bien entendu. Elle est forcément sommaire, elle est à relativiser et il lui manque forcément des arguments.

Qu'est-ce qui a changé dans le contexte social, politique, général en Bretagne, essentiellement, et ailleurs concernant le breton et les valeurs potentielles ou réelles d'usage du breton ? La première chose que l'on peut dire c'est que l'on assiste à, appelons ça comme ça, un renversement de signe complet. il y a 15 ans encore, le breton était entaché de signe "moins". Le breton, c'est une langue pour les ploucs, le breton, c'est pas une langue, c'est un patois, le breton, ça sert à paler aux cochons, le breton ça ne peut pas servir de langue d'enseignement etc. Plus personne, aujourd'hui, de sensé ne prétent ça publiquement. Le signe "moins" s'est transformé en signe "plus". Au lieu du stigmate, le breton est devenu un atout. Tout le monde, maintenant, une majorité se réclame de la langue bretonne ou de la culture bretonne.
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Le deuxième argument, la deuxième tendance qu'on peut constater, toujours pour apprécier ce contexte autour de la langue bretonne, c'est l'articulation grandissante entre trois partenaires, qui étaient séparés, il y a encore 20 ans : les partenaires culturels, les partenaires régionaux (des collectivités et des élus, disons) et les partenaires de l'économie. Voilà que l'articulation grandit entre ces trois partenaires-là, s'intensifie, se recherche avec des production.

Troisième élément important : nous constatons en Bretagne, comme ailleurs, c'est-à-dire à l'échelle de l'Europe, une poussée de la régionalisaton avec des réclamations de langues concomitantes. La régionalisation et le fédéralisme des régions est une tendance forte dans l'Europe d'aujourd'huui au détriment d'un autre concept qui avait toute la pertinence jusqu'alors, le concept d'Etat-Nation.

Quatrième élément de constatation par rapport à ce contexte : les tendances de plus en manifestes de contrepoids par rapport aux effets de mondialisaton. Ce sont notamment les nouvelles demandes identitaires. On le voit bien, face au global on demande du local. Face à la mobilité, on demande de l'enracinement. Face à l'anonymat on demande de la solidarité. Face au virtuel, on demande du maîtrisé, de l'enraciné, de la proximité. Face au technologie, on demande du maîtrisé et du communautaire. on voit bien les tendances fortes qui s'affirment et dans lesquelles la Bretagne, en tant que contexte, et la culture et la langue bretonne à l'intérieur, trouvent un regain de pertinence également.
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Autre élément constaté : l'articulation possible, étonnante même, entre les cultures traditionnelles, les langues régionales et la technologie. Certains de nos détracteurs, il y a 15 ans, nous disaient : "Le breton, c'est une langue pour les ploucs, c'est une langue pour la civilisation rurale. Même si c'est dommage qu'elle meure, jamais vous ne pourrez en faire une langue moderne". Là aussi, le démenti est patent. La langue bretonne, à travers T.E.S., par exemple dont j'ai cité tout à l'heure l'existence, à travers Coop Breizh, c'est la démonstration qu'elle a pu trouver son articulation et avec des trouvailles, avec la technologie. Internet et la langue bretonne, ça se marie.
[...]
L'autre élément important pour l'avenir, c'est que oui, nous avons gagné la pertinece du breton à valeur d'usage pour la langue privée, pour la langue dela culture, pour la langue de la scolarité et un petit peu déjà pour la langue de l'économie, surtout l'économie de la culture. Mais nous ne permettrons pas au breton de redevenir une langue à part entière si elle ne devient pas une langue d'usage économique et sociale. On ne fera pas l'économie de cette nécessité-là. Toutes les langues qui peuvent, qui veulent vraiment survivre dans le concert des langues doivent gagner là aussi un chiffre significatif. Je ne suis pas en train de dire qu'il faut que tous les bretons parlent, travaillent et vivent en breton dans 20 ans, non. Mais il faut qu'un seuil significatif de gens capables de travailler, de commercer, de faire de l'économie en breton puissent le faire. Nous sommes sur la bonne voie. il y a un fait pertinent qu'on peut lancer à nos détracteurs, c'est que le breton est devnu dores et déjà une langue créatrice d'emplois. Grâce au breton, on crée des emplois dans le monde de l'enseignement, dans le monde du bilinguisme, dans le mode de l'édition, dans le monde de la culture, dans le monde de l'audiovisuel. Le breton fait la preuve qu'il peut être créateur d'emplois. Ca c'est une démonstration énorme aussi, si l'on replonge à il y a 20 ans.

Questions

[...]
Une enseignante bilingue : "J'ai eu beaucoup d'enfants dont les parents n'étaient pas bretonnants et l'enseignement breton ne représente que la moitié de la journée d'une classe bilingue. L'enfant, en général, le soir, doit être capapble de discuter de ce qu'il a fait. Le travail qu'on lui donne, c'est du travail qu'il est capable de faire tout seul. J'ai eu des élèves qui sot actuellement en lycée, peut-être en collège, et qui ont très bien réussi leur scolarité sans que les parents soient bilingues. Je crois qu'il y a beaucoup d'exemples de ce cas. Je crois qu'il faut rassurer les parents.
Au sujet des enfants en difficultés. J'en ai eu aussi évidemment. Je crois que le problème est lié plutôt à l'angoisse des parents, des parents qui n'ont pas compris tout à fait pourquoi l'enfant est en classe bilingue. Ils l'ont mis en classe bilingue sans raison vraiment très bien expliquée.. Je crois qu'il faut être clair. Nous, en tant qu'enseignants et directeurs d'écoles, on doit quand on reçoit les parents, leur dire exactement en quoi ça consiste : il y aura 13 heures de breton et même en maternelle beaucoup plus et nous devons vraiment rassurer les parents. Je crois qu'il faut, même si on sent qu'il y a des difficultés, bien expliquer. Je cois que s'il est en difficulté c'est parce qu'il ressent l'angoisse de parents".

Je partage tout à fait votre avis. Vous disiez que l'adversaire c'est l'angoisse, je rajouterais même la culpabilité. Un parent qui n'a pas l'intention d'apprendre le breton, parce qu'il n'a pas le temps, parce qu'il n'a pas envie, parce qu'il trouve ça fatigant, il a tout à fait intérêt à dire à son enfant : "Ecoute, moi, je te mets dans une école bilingue parce que j'ai bien réfléchi profondément, j'ai pris le temps de réfléchir, avec ta mère, on en a causé. Vraiment, si on fait ça c'est parce qu'on pense que c'est le mieux pour toi. On pense vraiment que c'est le mieux pour toi. C'est parce qu'on t'aime qu'on fait cela. Mais je n'apprendrai pas le breton parce que ce serait artificiel, j'ai pas envie de faire mine d'apprendre, j'ai pas envie." Ce parent-là sera tout à fait dans le juste. L'enfant va sentir que ça sonne juste. Et puis il ne lui en voudra pas. Il ne sentira pas une situation de décalage. Ce sera bien mieux, une situation comme ça, qu'un parent qui n'osera pas dire, qui fera mine de suivre un cours ou deux, mais qui n'osera pas parler ou qui met une situation artificielle en place. Il faut s'appuyer sur la cohérence, sur la sincérité et la clarté avec l'enfant. La deuxième chose que je voulais dire en mettant en avant la deuxième partie de votre intervention concernant la situation assez répandue des parents qui sont frustrés ou malheureux de ne pas pouvoir partager le travail de l'enfant, concerne les progressions de l'enfant en classe. Là encore, le désavantage peut être transformé en avantage. Le désavantage peut être transformé en atout, toujours si on reste dans la cohérence et la clarté. Les linguistes disent tous que la situation a priori désavantageuse de l'enfant qui est en situation de bilinguisme précoce, alors qu'aucun des deux parents ne parle breton, il est en fait dans une situation d'avantage potentiel, parce que quand il rentre le soir à la maison, quand les parents lui demandent, et s'il veut bien répondre : "Qu'est-ce que tu as fait aujourd'hui ?" Il va être obligé de faire jouer une fois de plus cet aller-retour dialectique dont je parle, cette gymnastique intellectuelle. Il va être obligé de traduire en français tout ce qu'il aurra fait en breton. Et il va progresser encore d'avantage. Le contexte est important : s'il a affaire à des parents anxieux, inquiets, suspicieux, qui veulent des comptes tous les soirs pour savoir si vraiment l'instit a fait son boulot, s'il ne prend pas du retard sur les monolingues, etc... Ca ne va pas marcher. Le contrat cohérent, clair, non culpabilisé, va être le contexte qui va permettre à toutes ces situations au cas par cas d'être productrices.
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Après l'école primaire, jusqu'à quel niveau d'étude un enfant doit-il aller pour pouvoir couramment être bilingue ? Chez moi on ne parle pas breton, mon mari et moi ne parlons que français, si je veux que mes enfants soient parfaitement bilingues. Jusqu'à quel niveaux d'étude faut-il aller ?

Dans une situation comme la vôtre où l'enfant n'entend pas le breton à la maison, où la valeur d'usage pour lui c'est uniquement l'école et l'environnement scolaire. Là on ne peut pas non plus affirmer une généralité chiffrée. Tout va dépendre d'autres facteurs comme le degré de motivation de l'enfant lui-même. S'il est très investi, très motivé, il gardera son bilinguisme à l'entrée en sixième, il restera, il ne pourra pas l'oublier, à condition de l'entretenir. Une langue qui ne s'entretient pas un minimum s'oublie au fur et à mesure, selon les strates que l'on a bien étudiées. Il y a une courbe d'oubli très nette si l'entretien ne se fait pas. Mais si un entretien est fait, il ne s'oublie pas. Je vais prendre un exemple personnel : mon aînée a dû quitter DIWAN parce que DIWAN cessait en troisième, il n'y avait pas encore de lycée à l'époque où elle a cessé. Elle n'a jamais oublié son breton. Elle reste bretonnante parce qu'elle a appris et parlé breton jusqu'ne troisième. Et je sais qu'elle ne l'oubliera pas et elle sait qu'elle ne l'oubliera pas. Chez moi, il n'y a que moi qui parle le breton. Ma femme ne parle pas le breton. Il y avait un usage intensif du français à la maison. Mais elle est motivée par les langues. La motivation joue essentiellement. Ce qu'il y a de très nouveau maintenant, dans le contexte, c'est que l'environnement des jeunes bretonnants s'étend. Les copains bretonnants sont de plus en plus nombreux. C'est un facteur intéressant pour que les jeunes, entre eux maintiennent la langue même s'ils ne sont plus dans un milieu scolaire pour l'utiliser.
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